Soutenir un proche dans les premières heures

Comprendre et agir suite à un choc traumatique récent


Cote de lecture

Scientifique

35/100

Humain

82/100

Sensible

58/100


   

Vous décrochez le téléphone et vous comprenez, à la voix que vous entendez, que quelque chose de grave vient d’arriver. Ou vous étiez là. Vous avez vu la scène, accompagné les secours, ramassé un manteau resté au sol. Maintenant, vous êtes près de la personne et vous cherchez comment vous tenir auprès d’elle. Elle tremble, pose plusieurs fois la même question, parle sans s’arrêter ou reste silencieuse. Vous avez peur pour elle. Vous avez peut-être peur vous aussi. Entre les appels, les informations données trop vite et les questions auxquelles vous aimeriez savoir répondre, une préoccupation prend toute la place : qu’est-ce que je peux faire, maintenant ?

Vous pouvez commencer par ce qui se trouve à portée de vos mains : chercher un endroit sûr, écouter un besoin, proposer un vêtement, accompagner une démarche, demander qui pourrait vous relayer. Une présence attentive compte, même avec une voix qui tremble et des mots imparfaits. Les premières heures demandent souvent de faire peu et beaucoup de choses à la fois et de les ajuster à ce que la personne peut recevoir. le proche garde sa manière de traverser ce qui vient d’arriver ; vous aussi gardez le droit d’être touché par ce que vous vivez. Le soutien prend forme entre ces deux réalités, au fil d’une soirée, d’une nuit, puis des premiers jours.

Les premiers besoins de votre proche après le choc

Avant de chercher les bonnes paroles, regardez avec la personne où elle peut rester et qui peut l’aider. VÉRIFIEZ. Le danger est-il encore présent ? Des blessures ont-elles été évaluées adéquatement ? A-t-elle un endroit où dormir sécuritaire, physiquement et émotionnellement ? Un téléphone accessible, un enfant à aller chercher ou des médicaments habituels à récupérer ? Certaines réponses demandent un service médical, un intervenant ou une personne de confiance. Vous pouvez faciliter le contact et rester près d’elle pendant l’échange, selon son souhait. Quand plusieurs choses arrivent en même temps, revenir à une question précise donne une prise : « Qu’est-ce qui te préoccupe le plus pour les prochaines heures ? »

Les premiers secours psychologiques décrits par l’Organisation mondiale de la Santé associent une aide humaine, pratique et respectueuse des capacités de la personne. Dans un travail de consensus consacré aux événements collectifs graves, Hobfoll et ses collègues ont proposé cinq repères : la sécurité, l’apaisement, la possibilité d’agir, le lien et l’espoir. Ce cadre guide une façon de soutenir ; il laisse une place aux différences entre chaque  situations. Dans votre soirée, il peut prendre la forme d’une porte fermée à une personne menaçante, d’un trajet organisé, d’un choix respecté ou d’un appel auquel quelqu’un répond. La présence d’un proche peut contribuer à ces appuis. Ses effets varient selon les besoins et les circonstances.

Soutenir au début se porte parfois dans une phrase très simple : « On va chercher de l’aide pour ce qui est difficile. » Elle engage quelque chose que vous pouvez faire dans l'immédiat. La personne peut se sentir encore en danger alors qu’elle a quitté le lieu de l’événement ; elle peut aussi être soulagée d’être arrivée chez vous mais rester bouleversée.  Dans les "premières  heures", savoir que quelqu’un accepte de traverser la prochaine étape avec elle peut suffire à rendre cette étape un peu plus accessible.

Votre proche tremble, s’agite ou semble absent

Vous connaissez cette personne et vous avez parfois du mal à la reconnaître. Elle qui trouve toujours ses mots répond à peine. Lui qui reste habituellement discret veut appeler tout le monde. Une autre personne fait des plaisanteries, prépare du café, puis se met à pleurer en voyant ses chaussures... Après une menace grave, des réactions de stress peuvent modifier l’attention, le sommeil, les sensations et la manière de communiquer. Le cœur peut battre plus vite, la respiration changer, les muscles rester tendus. Certaines personnes se sentent envahies ; d’autres décrivent une distance, comme si ce qui venait d’arriver concernait quelqu’un d’autre.

Ces réactions prennent des formes diverses et peuvent fluctuer au cours d’une même soirée. Vous pourrez entendre une question répétée ou voir un sursaut au bruit d’une porte. La personne peut aussi suivre une conversation avec précision et soudainement vouloir rester seule. L’apparence de calme donne peu d’informations sur ce qu’elle ressent. Demander « Comment c’est pour toi, maintenant ? » permet de vous rapprocher de son expérience. Si elle peine à répondre, vous pouvez proposer deux possibilités concrètes, comme rester dans la pièce ou aller dans un endroit plus tranquille, puis lui laisser le temps de choisir.

La fatigue, la peur et la douleur peuvent rendre les informations difficiles à retenir. Une personne peut chercher un mot, perdre le fil ou avoir un souvenir incomplet de certains passages. La mémoire demeure variable : certaines scènes sont très nettes, d’autres restent floues. Évitez de transformer ces variations en une explication certaine sur ce que vous  auriez fait. Vous pouvez répéter une consigne utile, vérifier ce qu’elle a compris et demander à un intervenant de la reformuler. Des difficultés observées aujourd’hui renseignent sur les besoins actuels ; elles suffisent rarement à prévoir la suite.

Gardez aussi une place pour une cause physique. Des tremblements, une douleur, des nausées ou une sensation de froid peuvent accompagner le stress et peuvent avoir d’autres causes, notamment après une blessure. Leur présence mérite d’être signalée aux soignants quand vous l'accompagnez. À domicile, une manifestation nouvelle, importante ou qui s’aggrave justifie de demander un avis médical.  Vous pouvez accueillir la peur de la personne tout en cherchant avec elle ce qui demande des soins.

Rester auprès de votre proche quand vous êtes bouleversé

Dans une salle d’attente, vous cherchez peut-être la phrase qui enlèverait la douleur. La personne regarde ailleurs, et chaque silence vous paraît trop long. Vous pouvez vous asseoir à une distance qui lui convient et lui dire où vous serez : « Je reste ici. Si tu veux que je sorte un moment, tu me le dis. » Des gestes prévisibles, un débit de parole accessible et une question à la fois peuvent rendre l’échange plus facile. Leur intérêt tient à ce qu’ils offrent à la personne : du temps, des repères et une marge de choix. Vous pourrez les adapter si elle préfère parler, marcher ou être accompagnée par quelqu’un d’autre.

Votre émotion a sa place dans cette scène. Vous pouvez avoir les larmes aux yeux, chercher votre souffle ou rester un instant sans mots. Une voix imparfaite peut porter une présence attentive. Si vous sentez que vous peinez à écouter ou à suivre les informations, demandez une aide extérieur. Prévenez avant de vous éloigner, indiquez qui reste disponible et revenez au moment lorsque c’est possible. Une pause dans un corridor, un appel à un ami, quelques minutes assis seul, permettent parfois de retrouver assez de disponibilité pour continuer. Ce partage peut se préparer dès le début, même si vous pensez encore pouvoir tout prendre en charge.

Une parole sèche peut vous atteindre au milieu de tous les efforts que vous faites. La personne peut demander votre présence et vous reprocher une question ou souhaiter être seule. Vous pouvez reconnaître la difficulté de ce moment et préciser ce que vous êtes en mesure de proposer : rester dans la pièce voisine, appeler quelqu’un qu’elle choisit, reprendre la conversation plus tard. Si l’échange vous blesse ou vous fait peur, cherchez une aide extérieur et protégez votre sécurité. L’événement peut mettre la relation à rude épreuve ; chacun conserve le droit d'exister en tant que personne,  d’exprimer ses besoins et de recevoir du soutien.

Les mots courts prennent leur sens dans la situation : « Je suis là », « On peut prendre le temps », « Je peux appeler avec toi ». Vérifiez ce que vous pouvez promettre et ce que vous pouvez réellement. Une personne qui demande dix fois si quelqu’un a été prévenu peut avoir besoin d’une réponse répétée, d’un message montré ou d’un appel fait ensemble. Le toucher se propose aussi. « Est-ce que tu veux que je te prenne la main ? » laisse à la personne une décision sur son corps. Elle peut accepter, refuser ou changer d’avis, y compris avec quelqu’un qu’elle aime et connaît depuis longtemps.

Boire, manger et préparer les premières nuits

Au milieu des démarches, la personne peut avoir froid, soif, besoin d’aller aux toilettes ou envie de quitter une pièce bruyante. Elle peut aussi avoir perdu la notion du dernier repas. Une couverture, un vêtement sec, une chaise, un accès aux toilettes ou une pièce moins éclairée répondent à un besoin précis. Demandez avant d’agir et tenez compte des consignes médicales reçues. Le geste demander peut sembler petit à côté de ce qui vient d’arriver mais pour la personne qui attend depuis des heures, retrouver ses lunettes ou pouvoir fermer une porte peut pourtant apporter un confort immédiatement perceptible.

Proposez à boire ou à manger si son état et les consignes de soins le permettent. Elle pourra choisir une petite quantité, remettre à plus tard ou expliquer ce qui lui conviendrait. Demandez ce qu’elle prend habituellement, en tenant compte de ses besoins de santé connus. Évitez d’insister devant un refus et demandez un avis si les difficultés à boire ou à s’alimenter se prolongent. Une personne très confuse ou qui a du mal à avaler demande une évaluation avant qu’on lui propose de manger. Vous pouvez noter ce qui a été pris et ce qui reste difficile, pour le transmettre simplement à un professionnel.

La première nuit peut être agitée, fragmentée, longue, ou relativement paisible. Une personne épuisée peut dormir ; une autre reste éveillée en écoutant chaque bruit. Demandez ce qui rendrait le lieu plus supportable : une lampe, une porte entrouverte, un téléphone chargé, la possibilité de vous appeler. Précisez où vous dormez et ce qui est prévu au réveil. Si des douleurs perturbent le repos, elles méritent d’être abordées avec un soignant. Pour un médicament destiné au sommeil ou à l’anxiété, suivez les indications d’un prescripteur ; gardez les traitements personnels de chacun à leur place. Vous pouvez offrir des conditions de repos et laisser le sommeil suivre son rythme.

Si vous accompagnez à distance, la nuit peut se remplir de messages lus plusieurs fois et d’une inquiétude que le prochain appel semble devoir résoudre. Convenez, lorsque c’est possible, d’un moment pour donner des nouvelles et identifiez quelqu’un de disponible sur place. Demandez à la personne ce qu’elle souhaite que vous organisiez depuis chez vous. Vous pourrez chercher une information, réserver un trajet ou prévenir un proche avec son accord. Un échange prévu rend parfois l’attente plus supportable. Votre aide trouve une forme dans ce que la distance autorise, avec les aides nécessaires autour d’elle.

Écouter votre proche quand il parle et quand il se tait

Vous aimeriez comprendre toute l’histoire. Une partie de vous espère qu’en la racontant, la personne se sentira enfin soulagée. Elle peut avoir envie de parler et apprécier votre écoute ; elle peut aussi vouloir du silence, ou n’avoir accès qu’à quelques mots. La revue Cochrane de Rose et ses collègues a étudié le débriefing psychologique individuel proposé en séance unique après un événement traumatique. Ce procédé, qui organise notamment la reprise de l’événement et des réactions émotionnelles, a montré une absence de bénéfice préventif et un risque d’aggravation observé dans un essai. NICE recommande de l’écarter. Ces résultats concernent une intervention définie ; ils laissent toute sa place à une parole spontanée et à des soins adaptés quand ils sont indiqués.

Dans votre échange, la personne peut commencer une phrase, s’arrêter, parler du chien ou demander si les courses ont été rangées. Suivez ce qu’elle souhaite partager. Une question ouverte, puis un silence disponible, lui donnent du temps. Les précisions nécessaires aux soins ou à une démarche peuvent être reprises avec le professionnel concerné, en expliquant leur utilité. Vous pourrez entendre des fragments ou des hésitations ; vous pourrez aussi recevoir un récit ordonné. Accueillir ce qui est dit vous aide à soutenir la personne aujourd’hui. La recherche d’une chronologie exhaustive peut attendre le cadre où elle sera réellement nécessaire.

Si la même scène revient plusieurs fois, demandez ce que la personne attend de vous : être écoutée, chercher une information, rester accompagnée pendant que l’émotion passe. La répétition peut signaler différentes choses et son effet dépend de ce que la personne vit. Elle peut parfois sembler de plus en plus envahie par le récit. Vous pouvez alors proposer une pause, un changement de pièce ou un contact professionnel, en suivant sa réponse. Votre capacité d’écoute compte aussi : « Je veux rester disponible pour toi. J’ai besoin de quelques minutes ; ensuite je reviens. » Le relais à une autre personne permet de continuer à offrir du soutien quand vos propres ressources diminuent.

La culpabilité peut surgir au détour d’une phrase : « J’aurais dû partir plus tôt », « J’aurais dû voir ce qui allait arriver ». Vous pouvez reconnaître le poids de cette pensée et rappeler, avec prudence, les faits que vous connaissez. La personne peut avoir du mal à recevoir un long raisonnement ce soir-là. « Je t’entends. Cette pensée te fait très mal » ouvre parfois davantage l’échange. Si ces convictions occupent de plus en plus de place, un professionnel peut les travailler avec elle dans un cadre adapté. Vous pouvez l’accompagner vers ce soutien et continuer à partager les gestes ordinaires qui rendent la journée traversable.

Les décisions urgentes et celles qui peuvent attendre

Les questions arrivent au moment où chacun dispose de peu de recul : où dormir, qui prévenir, comment rejoindre un service, que faire pour le travail, quels soins accepter, comment engager une démarche après une violence. La peur, la fatigue ou la douleur peuvent rendre les options difficiles à comparer. Présentez-les simplement, en distinguant ce qui doit être décidé pour les prochaines heures de ce qui peut être remis plus tard. Demandez à l’intervenant concerné de préciser les délais : certains soins, examens ou démarches sont sensibles au temps. Un renseignement vérifié permet de préserver des possibilités sans imposer une décision dans la précipitation.

Vous pouvez dire : « Il y a deux endroits possibles pour cette nuit. Veux-tu qu’on regarde lequel te convient ? » Puis laisser un vrai temps de réponse. Si la personne le souhaite, vous pourrez poser les questions, noter les réponses ou organiser le trajet. Vérifiez l’étendue de son accord : vous confier un appel pour signaler une absence au travail autorise cet appel et les informations convenues. La personne peut préférer parler elle-même, avec vous à côté. Ces choix parfois modestes lui permettent de participer à ce qui la concerne, même au milieu d’une journée qu’elle aurait voulu ne jamais vivre.

Une décisionremise gagne à être reprise au moment annoncé : demain matin, après un repas, lors d’un rendez-vous. Notez ce qui reste ouvert afin d’alléger la soirée. Si la personne semble incapable de comprendre les options ou de communiquer une décision, demandez aux professionnels de préciser comment l’accompagner. Votre connaissance d’elle peut éclairer l’échange. Les règles relatives au consentement et aux démarches dépendent de la situation et du pays ; le service concerné peut vous renseigner. Au fil de ces échanges, expliquer ce qui se passe et ce qui va suivre protège la possibilité de rester acteur de sa propre histoire.

Répondre aux appels en respectant ce que votre proche veut partager

Le téléphone vibre pendant que vous essayez de lire un document remis aux urgences. Quelqu’un veut savoir, quelqu’un veut venir, quelqu’un propose déjà une solution. Vous sentez l’affection derrière ces messages et leur poids dans une soirée déjà pleine. Avec l’accord de la personne, vous pouvez proposer de recevoir une partie des appels. Choisissez ensemble ce qui sera dit, à qui et quand : « Elle est accompagnée. Nous donnerons des nouvelles quand elle le souhaitera. » Une information courte peut répondre à l’inquiétude tout en gardant les détails là où la personne souhaite les laisser.

Le même accord vaut pour les photos, les groupes de messagerie et les publications sur les réseaux sociaux. Une nouvelle transmise largement peut devenir difficile à reprendre, même lorsqu’elle part d’une intention affectueuse. Expliquez à l’entourage comment offrir une aide précise : un repas déposé à l’heure convenue, un trajet, une garde d’enfant, une présence demain. Vous pouvez partager l’organisation avec une autre personne de confiance et conserver un point de contact clair. La personne accompagnée pourra reprendre ses échanges, interrompre certains relais ou changer d’avis. Le soutien se réajuste avec elle à mesure que ses besoins évoluent.

Expliquer la situation aux enfants et prévoir qui s’occupe d’eux

Un enfant peut avoir vu la scène, entendu un appel ou simplement remarqué les visages et les changements dans la maison. Cherchez d’abord ce qu’il sait et ce qu’il se demande. Une explication courte, vraie et adaptée à son âge peut lui donner des repères: ce qui s’est passé dans les grandes lignes, où se trouve son parent, quel adulte s’occupe de lui ce soir. Les détails violents ne sont pas nécessaire lors  cet échange. L’enfant peut poser la même question plusieurs fois, vouloir jouer ou ne rien demander sur le moment. Laissez la possibilité d’y revenir et dites-lui que ses questions seront accueillies.

Un repas, une histoire, une personne connue au coucher peuvent soutenir les repères encore disponibles. La routine s’adapte aux circonstances ; chacun fait avec ce qui est possible ce jour-là. Si la personne touchée a besoin de soins ou de repos, prévoyez autant que possible un autre adulte pour l’enfant. Un adolescent peut proposer de prendre en charge tout le foyer. Vous pouvez reconnaître son affection, lui confier une tâche limitée s’il le souhaite et organiser le reste entre adultes. Son sommeil, ses liens et ses activités méritent aussi une place. Un enfant directement exposé ou dont les réactions vous inquiètent peut bénéficier rapidement d’un avis professionnel adapté à son âge.

Les informations à garder pour les soins et les démarches

Un nom d’intervenant, une consigne de soins, un rendez-vous, un numéro de dossier : les informations arrivent souvent dans un ordre difficile à suivre. Vous pouvez proposer de les réunir dans un carnet ou un dossier accessible à la personne. Notez les faits utiles, les coordonnées et les questions à reprendre. Photographier un document remis, si elle y consent, peut éviter de chercher une feuille au milieu de la nuit. Vous pourrez ensuite relire ensemble ce qui concerne le lendemain. Ce soutien pratique tient compte de la fatigue de chacun et évite de faire reposer toute l’organisation sur le souvenir d’une conversation pressée.

La personne sait ce que vous conservez, peut y accéder et décide de ce qui sera transmis. Gardez les informations sensibles dans un endroit approprié et limitez leur circulation aux besoins convenus. Après une violence ou une blessure, demandez au service compétent quelles traces ou quels examens peuvent être utiles, et dans quels délais. Des photographies personnelles peuvent avoir une place selon les circonstances ; leur utilité médicale ou juridique dépend du contexte. Tout geste autour du corps demande un accord explicite et un respect de l’intimité. Vous pouvez aider à obtenir les bons renseignements sans ajouter à la personne une nouvelle tâche à supporter ce soir-là.

Vous avez aussi besoin de parler et de vous reposer

À la fin de la soirée, vous posez votre téléphone sur la table et vous découvrez que vos mains tremblent. Vous avez répondu, conduit, cherché des papiers, porté des sacs. Maintenant que les questions se font plus rares, votre propre peur devient audible. Vous avez peut-être été témoin de l’événement. Vous avez peut-être appris qu’une personne aimée venait de subir une violence et passé des heures à imaginer où elle était. Ces expériences peuvent vous affecter profondément. L’exposition reconnue pour un diagnostic de trouble de stress post-traumatique (TSPT) répond à des critères précis ; votre souffrance peut recevoir une attention et un soutien dès aujourd’hui, quelle que soit l’évaluation qui sera faite ensuite.

Vous pourrez ressentir de la colère, de la culpabilité, une envie de vérifier sans cesse ou une fatigue qui rend tout irritant. D’autres proches décrivent surtout une grande tristesse ou le besoin de continuer à agir. Votre vécu dépend de votre histoire, de ce que vous avez traversé et des appuis disponibles. Trouvez, si possible, quelqu’un avec qui parler de votre journée à vous, en préservant les informations que la personne souhaite garder privées. Un ami, un professionnel ou un service d’écoute peut recevoir ce qui vous pèse. La personne touchée peut vous aimer et avoir, dans ces heures, très peu de disponibilité pour vous soutenir.

Une demande précise facilite parfois l’aide : « Peux-tu être là demain de dix heures à midi pendant que je me repose ? » Vous pourrez aussi demander qu’on vous accompagne dans une démarche ou qu’on vous rappelle. Votre santé mérite cette attention pour elle-même. Elle compte dans une relation où plusieurs personnes peuvent être blessées par le même événement, chacune à sa façon. Si votre propre inquiétude vous empêche de fonctionner, vous pouvez consulter maintenant et poursuivre ensuite l’accompagnement avec les appuis nécessaires.

Les premiers jours à la maison et les démarches à organiser

Le lendemain peut sembler plus difficile, plus calme ou très différent de ce que vous imaginiez. Des douleurs, une fatigue importante ou des images peuvent devenir plus présentes ; certaines personnes reprennent rapidement des habitudes qui leur font du bien. L’évolution suit des chemins variés. Cherchez avec la personne ce qui a changé depuis la veille et ce qui demande une réponse aujourd’hui. Une douleur apparue après une blessure appelle un avis médical selon son intensité et son évolution. Une journée plus lourde sur le plan émotionnel peut demander moins de visites, davantage de repos ou un appui professionnel. Vous avancez à partir de ce qui se passe réellement.

Les démarches peuvent se multiplier dès le premier jour ouvrable. Une feuille avec les rendez-vous et les questions prioritaires rend la semaine plus lisible. Avec son accord, accompagnez la personne, prenez des notes ou demandez qu’une information soit expliquée de nouveau. Les pauses comptent entre deux démarches, particulièrement quand chaque échange exige de revenir sur l’événement. Répartissez l’aide selon les ressources de chacun. Un repas, un trajet ou un appel administratif peut être confié à un autre proche. Une organisation partagée permet à la personne de retrouver progressivement sa manière de faire, tout en gardant des soutiens disponibles.

Un instant de rire, un repas apprécié ou une conversation sur autre chose peut trouver sa place au milieu de cette semaine. Accueillez ces moments comme ils viennent. La personne peut avoir envie de retrouver une habitude, puis sentir ses forces diminuer quelques heures plus tard. Vous pourrez reprendre ce qui est possible aujourd’hui, sans mesurer chaque geste à ce qu’elle faisait avant l’événement. Pour vous aussi, une promenade ou un moment avec quelqu’un d’autre peut apporter du repos. La relation conserve ces espaces ordinaires, parfois très petits, où chacun peut éprouver autre chose que l’inquiétude.

Le retour au lieu de l’événement peut soulever une peur importante, surtout lorsque ce lieu est la maison ou le travail. Vérifiez d’abord les conditions de sécurité et discutez de ce que la personne souhaite. Si elle appréhende fortement ce retour, un professionnel peut aider à le préparer. Respectez les contraintes concrètes, comme l’accès au logement, les soins ou les démarches nécessaires. Certaines personnes souhaitent retrouver rapidement un endroit familier ; d’autres ont besoin d’une solution temporaire. Chercher avec elles une option praticable permet de tenir compte à la fois de leur vécu, du danger éventuel et de la vie qui continue autour.

Quand demander des soins et quand appeler les urgences

Des réactions précoces peuvent s’atténuer avec le temps, tandis que certaines personnes ont besoin de soins rapidement. La décision de consulter tient à la souffrance, à la sécurité et aux difficultés dans la vie quotidienne. NICE prévoit un suivi actif pour des symptômes précoces moins marqués et recommande chez l’adulte des interventions adaptées dès le premier mois pour un trouble de stress aigu ou des symptômes de TSPT cliniquement importants. Ce suivi comprend une possibilité de réévaluation et un contact prévu. Vous pouvez donc demander conseil dès les premiers jours, y compris pour comprendre ce qui se passe ou organiser les soutiens nécessaires.

Si la personne dort très peu, peine à boire ou à manger, se sent continuellement envahie, consomme davantage pour tenir ou vous demande de l’aide, facilitez un contact avec un professionnel. Une exposition à une violence, en particulier sexuelle, peut aussi nécessiter rapidement des soins spécifiques et des informations sur les démarches possibles. Le service contacté pourra préciser ce qui est utile et urgent dans sa situation. Vous pouvez expliquer votre inquiétude avec des observations simples, puis laisser la personne décrire son vécu autant qu’elle le peut. Pour vous-même, des images envahissantes, une vigilance épuisante ou une difficulté à poursuivre vos activités justifient également un soutien, sans délai imposé.

En cas de danger immédiat, de risque de passage à l’acte suicidaire, de confusion importante ou de symptômes physiques graves, contactez les services d’urgence de votre pays. Des propos sur le souhait de mourir ou de disparaître méritent d’être pris au sérieux et transmis rapidement à un professionnel qui pourra évaluer la situation. Cherchez une présence supplémentaire lorsque c’est possible et restez attentif à votre propre sécurité. Pour les besoins moins immédiats, un service de santé ou d’aide aux victimes peut vous orienter. Vous pouvez commencer l’appel comme vous commenceriez une conversation : « Quelque chose de grave vient d’arriver. Nous avons besoin de savoir quoi faire maintenant. »

 

Lecture Suggéré (cliqué)


Sources et références 

Bonanno, G. A. (2004). Loss, trauma, and human resilience: have we underestimated the human capacity to thrive after extremely aversive events? American Psychologist, 59(1), 20-28. https://doi.org/10.1037/0003-066X.59.1.20

Brillon, P. (2023). Comment aider les victimes souffrant de stress post-traumatique : guide à l'intention des thérapeutes (7e éd.). Les Éditions de l'Homme. https://www.editions-homme.fr/comment-aider-victimes-souffrant-stress-post-traumatique/pascale-brillon/livre/9782761962346

Brunet, A., Saumier, D., Liu, A., Streiner, D. L., Tremblay, J. et Pitman, R. K. (2018). Reduction of PTSD symptoms with pre-reactivation propranolol therapy: a randomized controlled trial. American Journal of Psychiatry, 175(5), 427-433. https://doi.org/10.1176/appi.ajp.2017.17050481

Haute Autorité de Santé (2020). Évaluation et prise en charge des syndromes psychotraumatiques : enfants et adultes. Note de cadrage. https://www.has-sante.fr/jcms/p_3215922/fr/evaluation-et-prise-en-charge-des-syndromes-psychotraumatiques-enfants-et-adultes-note-de-cadrage

Hobfoll, S. E., Watson, P., Bell, C. C., Bryant, R. A., Brymer, M. J., Friedman, M. J., Friedman, M., Gersons, B. P. R., de Jong, J. T. V. M., Layne, C. M., Maguen, S., Neria, Y., Norwood, A. E., Pynoos, R. S., Reissman, D., Ruzek, J. I., Shalev, A. Y., Solomon, Z., Steinberg, A. M. et Ursano, R. J. (2007). Five essential elements of immediate and mid-term mass trauma intervention: empirical evidence. Psychiatry, 70(4), 283-315. https://doi.org/10.1521/psyc.2007.70.4.283

Ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec (2023). Trouble stress post-traumatique : guide de pratique clinique. Publication 23-914-01W. https://publications.msss.gouv.qc.ca/msss/fichiers/2023/23-914-01W.pdf

National Institute for Health and Care Excellence (2018). Post-traumatic stress disorder. NICE guideline NG116. https://www.nice.org.uk/guidance/ng116

Rose, S., Bisson, J., Churchill, R. et Wessely, S. (2002). Psychological debriefing for preventing post traumatic stress disorder (PTSD). Cochrane Database of Systematic Reviews, (2), CD000560. https://doi.org/10.1002/14651858.CD000560

Organisation mondiale de la Santé, War Trauma Foundation et World Vision International (2011). Psychological first aid: guide for field workers. Organisation mondiale de la Santé. https://www.who.int/publications/i/item/9789241548205

National Center for PTSD (2026). PTSD and DSM-5. U.S. Department of Veterans Affairs. https://www.ptsd.va.gov/professional/treat/essentials/dsm5_ptsd.asp


Mots-clefs

aider un proche après un choc, premières heures, événement traumatique, état de choc, soutien immédiat, premiers secours psychologiques, première nuit, récit, consentement, besoins essentiels, enfants, accompagnement à distance, démarches, relais, détresse aiguë, consultation précoce